La technologie peut-elle nous aider à cultiver la pleine conscience ?

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Lors du lancement de l’Apple Watch, la respiration en pleine conscience a trouvé sa place aux côtés du réveil et de la messagerie via l’application Breathe — comme si la pleine conscience avait enfin intégré le courant dominant.

Pourtant, la société moderne est toujours fortement orientée dans le sens inverse : vitesse, efficacité et multitâche. Le slogan de cette même Apple Watch était, par exemple : “Faites plus en un instant.”

D’autres accroches incluaient “Partager. Comparer. Concurrencer” et “Faites encore plus, depuis votre poignet”. Un appareil conçu pour optimiser votre productivité et votre compétitivité peut-il vraiment vous aider à vous concentrer sur l’instant présent sans jugement ?

 

Pour faire simple : une application peut-elle vous rendre attentif au moment présent ?

 

 

En tant que chercheur et concepteur de technologies du bien-être, je suis en quête permanente de réponses à ce type de questions. (Mon livre Positive Computing consacre un chapitre entier à la pleine conscience.)

Plus récemment, mon collègue Rafael Calvo et moi avons eu l’occasion de poser la question à deux figures de référence à l’intersection de la pleine conscience et de la technologie : le psychologue du bien-être de renommée mondiale Richard Ryan, et le Vénérable Tenzin Priyadarshi, directeur du Centre Dalai Lama pour l’éthique et les valeurs transformatives au MIT.

 

"Leurs réponses, nourries de décennies de recherche et d’expérience, éclairent à la fois la vie quotidienne et la conception des technologies de demain. Voici ce que nous avons appris…"

1. Les applications de pleine conscience peuvent aider les débutants

Ryan et Priyadarshi s’accordent à dire que les applications de pleine conscience peuvent aider les débutants à s’initier à cette pratique.

“D’abord, dans un cadre bouddhiste, la pleine conscience est un domaine bien plus vaste que ce dont il est question dans le discours contemporain,” explique Priyadarshi.

 

“Dans le discours contemporain sur la pleine conscience, je pense que les applications sont utiles, mais surtout à titre d’introduction, et pour créer un premier niveau de connexion.”

 

Ryan ajoute : “L’une des choses qui m’a impressionné vient du vieil adage selon lequel, même lorsqu’on est bien formé à la pleine conscience, le vrai défi est de penser à l’être.

“Certaines applications, comme l’application .B utilisée dans le programme Mindfulness in Schools, rappellent de ’.B’ (s’arrêter, respirer) — un rappel que la pleine conscience est un état toujours accessible.“

 

2. La méditation n’est pas une activité stimulante par nature

Une application de pleine conscience doit-elle nous motiver à pratiquer en rendant la démarche ludique ?

Selon Priyadarshi, la pleine conscience n’est pas par nature “stimulante” — une position que les travaux de Ryan confirment. Il s’agit d’abord d’apprendre à accepter et dépasser l’ennui ressenti face à l’absence de stimulation.

“Une partie de la difficulté est que toute pratique initiale de pleine conscience comporte des éléments de sérénité et de quiétude,” explique Priyadarshi.

 

“Les technologies cherchent constamment à susciter une forme d’activité mentale pour atteindre cet état d’excitation. Mais comme Thomas Merton (moine trappiste) le disait, une part de la pratique méditative consiste précisément à brider cet appétit pour l’excitation.”

 

“Ce que les gens recherchent dans la pleine conscience, c’est en partie de réfréner cette excitation pour mieux se concentrer et être plus attentifs à l’objet en question.”

Ryan abonde dans ce sens : “Nos recherches récentes ont en effet montré que les états de solitude, dont la méditation, produisent des états émotionnels désactivés. Les personnes sont moins stimulées, tant sur le plan des émotions négatives que positives.”

 

L’issue courante de la méditation est en réalité une vitalité sereine, non une excitation.”

 

 

3. L’importance du lieu de pratique

Essayez de méditer à votre bureau et vous lutterez contre les pensées liées aux délais. Pratiquez la pleine conscience dans le salon et la tentation de jouer à un jeu vidéo ou de regarder un film se fera vite sentir.

Les signaux visuels qui nous entourent nous prédisposent à certaines activités et activent des souvenirs. Aussi, selon Priyadarshi, consacrer un espace exclusivement à la méditation — même un simple coin — est important pour cultiver la pleine conscience.

 

"Par extension, cela suggère que nos espaces de travail virtuels (les téléphones) ne sont peut-être pas adaptés à la pleine conscience. Si votre outil de travail est en permanence sur vous (une montre connectée, par exemple), se dissocier de lui est encore plus difficile."

 

“Au MIT, nous disposons de différents espaces dédiés au sein du campus — environ cinq ou six communautés de méditation utilisent des espaces réservés […] et cela les aide à se concentrer sur l’objet de leur méditation,” précise Priyadarshi.

“À terme, l’idée est qu’une fois l’esprit entraîné, il peut méditer et pratiquer dans n’importe quel environnement. Mais au départ, tout cela est utile pour discipliner l’esprit.”

 

 

4. Cultiver la pleine conscience implique de transformer la technologie et la société

Si les applications de pleine conscience peuvent être utiles, améliorer durablement notre capacité à être attentifs requiert de remettre en question la présupposition sociale selon laquelle toujours faire plus serait toujours mieux.

Tant que cette orientation ne change pas, nos technologies continueront de favoriser des comportements contraires à la pleine conscience et à ses bénéfices.

Même si l’application Breathe peut sembler un simple vœu pieux au sein d’un appareil conçu pour le multitâche effréné, son apparition reste un signe encourageant.

 

"C’est le signe que les utilisateurs résistent et remettent en cause la tyrannie de la productivité. C’est le signe que nous amorçons peut-être un tournant, en faisant les premiers pas vers des technologies qui rendront véritablement (osons le dire ?) le monde meilleur."

 

Il reste encore beaucoup de chemin à faire. Mais trouver un endroit calme pour s’asseoir en silence et ramener son attention au moment présent est probablement un très bon point de départ.

 

 

 

Source : https://medium.com/ethics-of-digital-experience/can-tech-make-us-mindful-7a755851825

Par : Dorian Peters 

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